Recherche sur le blog:
Recherche personnalisée

jeudi 2 décembre 2010

Olivier LECARPENTIER...

Entreprend-on d’étudier l’histoire de Honfleur pendant la première moitié du 19ème siècle, immanquablement revient le nom de LECARPENTIER : on l’a rencontré quand on a évoqué la raffinerie de sucre de Honfleur, on l’a retrouvé quand on a retracé le parcours d’Alfred LUARD !
Olivier LECARPENTIER, qui naît et est baptisé à Sainte-Catherine de Honfleur le 14 décembre 1888, appartient à une famille de robins. Son grand-père, Pierre LECARPENTIER, décédé en 1778, était Conseiller au Parlement de Normandie. Son père, Jacques LECARPENTIER, qui est né à Cricqueville en Auge (canton de Dozulé) en 1754, est lui-même avocat à Rouen lorsqu’il épouse, à Honfleur, le 14 août 1787, Françoise Marguerite BRUNEAUX, fille d’Olivier BRUNEAUX, négociant Honfleurais.
Ce mariage ne fait que renforcer l’ancrage à Honfleur des LECARPENTIER, puisque déjà le 23 janvier 1782 la sœur de Jacques LECARPENTIER, Marie-Madeleine LECARPENTIER épousait, à Sainte-Catherine, Armand COUDRE LACOUDRAIS, capitaine de navire et associé de l’une des plus importantes maisons de négoce de Honfleur.

Confronté, comme tous les avocats plaidant au Parlement de Normandie, à l’absolutisme Royal, Jacques LECARPENTIER se montre à l’unisson des membres du Tiers-état, qui font la Révolution de 1789 : Non content d’avoir participé à la rédaction du cahier de Doléances de Honfleur, en mars 1789, il est partie prenante de la mise en place des nouvelles institutions municipales, créées par l’Assemblée Nationale Constituante – Loi des 14/18 décembre 1789. Si Michel LACROIX-SAINT-MICHEL est réélu Maire le 19 février 1790, jacques LECARPENTIER, qui n’a pas réussi à se faire élire Officier Municipal, obtient le 23 février le poste de Procureur de la Commune. Appelé au Conseil Général du Département, LACROIX-SAINT-MICHEL sera remplacé le 15 novembre 1790 par Joseph-Nicolas-François CACHIN… CACHIN et LECARPENTIER seront facilement réélus en novembre 1791.
Après la Constituante de 1789, vient l’Assemblée Législative en 1791, puis la Convention en 1792, mais la Révolution dévore ses enfants : les Révolutionnaires de 1789 apparaissent bien tièdes en 1792 : CACHIN et LECARPENTIER perdent leurs postes aux élections municipales, qui ont lieu en décembre 1792. Battu, écrasé par HENRY, pour le poste de Procureur, LECARPENTIER refuse son élection à celui de Notable.

Hostile à l’extrémisme des Jacobins et aux violences révolutionnaires, Jacques LECARPENTIER se réfugie, avec femme et enfants, à Cricqueville. C’est là que grandiront Olivier et son jeune frère Bruno, qui est né en 1792. C’est là que Jacques LECARPENTIER, veillant à leur instruction, leur apprendra les vertus des idées libérales.
Juin 1800 semble marquer le retour sur le devant de la scène de Jacques LECARPENTIER : il est tout à la fois nommé Maire de Cricqueville et membre du Conseil Général du Département du Calvados. En vérité, Jacques LECARPENTIER, déjà malade, n’a guère d’influence, d’ailleurs il est remplacé, au Conseil Général, dès le mois de septembre 1801. Il meurt à Cricqueville le 30 novembre 1803 !

Que peut faire une mère veuve avec deux enfants à charge ? Pas question d’envoyer Olivier parfaire son éducation à Caen ou à Rouen, elle n’en a plus les moyens ! Elle décide de le confier à sa belle sœur, Marie-Madeleine COUDRE LACOUDRAIS née LECARPENTIER, contrainte de reprendre les affaires de commerce de son mari, Armand COUDRE LACOUDRAIS, mort le 2 décembre 1789. Elle-même pourvoira à l’éducation de son second fils Bruno, pendant que l’aîné, Olivier, s’initiera au négoce à Honfleur, auprès de sa tante et de son cousin germain, Armand-Nicolas COUDRE LACOUDRAIS, né le 10 octobre 1785.
Sous l’œil vigilant de dame LACOUDRAIS, les deux cousins, rivalisant de savoir faire, vont vite donner une nouvelle importance à leur maison de commerce. La levée du blocus continental arrive d’ailleurs au bon moment pour favoriser leur essor !

Leurs talents sont rapidement reconnus : Armand-Nicolas COUDRE LACOUDRAIS est nommé Maire de Pennedepie le 18 janvier 1814, tandis que Olivier LECARPENTIER devient Conseiller Municipal de Honfleur le 4 juin 1817.
Dans le même temps, ils accèdent au Tribunal de Commerce de Honfleur. Il faut avoir 30 ans pour pouvoir être élu Juge au Tribunal de Commerce ? D’abord Juge suppléant, Olivier LECARPENTIER est élu Juge titulaire le 20 décembre 1819. Il sera de nouveau élu le 17 novembre 1824 et encore le 16 janvier 1828. Il siège au Tribunal de Commerce en même temps ou alternativement avec son cousin et associé COUDRE LACOUDRAIS, qui est même Président du Tribunal de 1826 à 1829 et qui le sera encore en 1831...
Rien ne se fait plus à Honfleur, sans qu’ils en soient informés ou sans qu’ils y participent. C’est qu’en vérité leur entreprise a pris une nouvelle extension, après la création et le développement de la Raffinerie de sucre, à partir de 1824…
Veut-on une autre preuve de leur réussite ? Si COUDRE LACOUDRAIS a épousé la fille d’un riche notaire Parisien Jean-Baptiste POISSON, Olivier LECARPENTIER s’est mariée à Rouen le 16 janvier 1818 avec Louise LE COUTEULX de VERCLIVES. Née à Rouen le19 avril 1795, cette dernière appartient aussi à une famille de robe, qui a fourni conseillers et avocats au Parlement de Rouen, son grand-père a été Maire de Rouen en 1773, elle cousine aussi avec les FOACHE du Havre et avec les BEGOUEN DEMEAUX. Nul doute que ce mariage doit beaucoup au souvenir laissé à Rouen par Pierre et Jacques LECARPENTIER ; nul doute aussi que la fortune de Olivier LECARPENTIER a facilité les choses !
Olivier LECARPENTIER n’est finalement encore qu’un Notable parmi d’autres Notables, assurément il fera fructifier sa fortune, peut-être deviendra-t-il Président du Tribunal de Commerce… Pour l’heure ses interventions au Conseil Municipal sont rares, il est même en procès avec la Ville, tout comme un autre Notable LACHEVRE, pour un litige de captation des eaux de source.
Ce qui va donner un coup d’accélérateur à sa carrière, c’est la mort le 14 novembre 1829 du député libéral de la circonscription de Lisieux, Nicolas VAUQUELIN. François GUIZOT, l’un des chefs du parti constitutionnel, qui vient d’atteindre l’âge légal pour pouvoir être candidat, décide alors, bien qu’étranger au Pays d’Auge, de se présenter.
Soutenu par LA FAYETTE et par le duc de BROGLIE ; patronné par les députés de l’Eure BIGNON et DUPONT de L’EURE, il obtient, par eux, l’aide de l’historien de Lisieux, Louis DUBOIS, lequel persuade sans peine ses amis Louis NASSE, banquier à Lisieux, THOURET, fils du célèbre Constituant de Pont-l’Evêque, et enfin Olivier LECARPENTIER, de donner leur concours.
Notre Honfleurais, apparemment bien pensant jusqu’alors, mais en réalité naguères imprégné des idées constitutionnelles de 1789 par son père, se transforme, d’un coup, en agent électoral du Libéralisme. Accompagné de son ami Armand LEBRUN, il parcourt le Pays d’Auge en tous sens, de Honfleur à Dives, et de Pont-l’Evêque à Dozulé, persuadant et enrôlant ici et là nombre de ses amis et relations commerciales ou consulaires.
Finalement, les 23 et 24 janvier 1830, sans avoir mis les pieds ni à Lisieux, ni à Pont-l’Evêque, ni à Honfleur, GUIZOT obtient 281 des 446 suffrages exprimés, laissant loin derrière les 4 candidats réactionnaires ! Dès lors, c’est au Parlement, et plus seulement dans la presse ou dans les salons, qu’il lutte contre le ministère POLIGNAC… Les élections générales des 23 et 24 juin 1830 viendront conforter la majorité de GUIZOT dans la circonscription de Lisieux. Et au final, les opposants qui étaient 221 en mars 1830, se retrouvent à 274, contre 145 Ministériels.
On connaît la suite : les « Trois Glorieuses », la fuite du roi CHARLES X, l’installation de LOUIS-PHILIPPE, la constitution d’un nouveau ministère !
François GUIZOT, nommé Ministre de l’Intérieur le 1er août 1830, ne va pas se montrer oublieux des services rendus lors de ses campagnes électorales : NASSE sera tout simplement nommé Sous-préfet de Lisieux le 6 août 1830. Et: LECARPENTIER obtiendra la Mairie de Honfleur !

La Révolution, à Honfleur, s’est passée en douceur: réfractaire aux idées nouvelles, le maire en place depuis le 8 août 1821, Gentien LECHEVALLIER-LEJUMEL, donne sa démission le 3 août 1830, en invoquant et son grand âge et l’inertie du Conseil Municipal, où il ne trouve personne pour le seconder. Plus de Maire, pas d’adjoints ? Le Conseil Municipal élit immédiatement en son sein une Commission Municipale exécutive de 5 membres : LECARPENTIER, LEBRUN, LAMARE-PICQUOT, LACHEVRE et GUERARD, sont élus parce qu’on les sait favorables à la Révolution Parisienne!
Dès le 8 août, GUIZOT assoit le pouvoir de LECARPENTIER en faisant signer au nouveau Roi sa nomination de Maire de Honfleur. Et le 26 août, LECARPENTIER fait voter en Conseil Municipal une Adresse au Roi : »Nous avions juré fidélité à CHARLES X et obéissance à la Charte octroyée par son auguste frère, nous n’avons pas trahi notre serment. La branche aînée, en manquant….a rompu les liens qui nous unissaient à elle. Le trône auquel la volonté nationale a appelé un prince digne de l’occuper, et la Charte Constitutionnelle son principal appui, nous garantissent à jamais la prospérité de la France. Comptez, Sire, sur notre inviolable fidélité. »
Quant à LEBRUN, GUIZOT obtient du Ministre de la justice, DUPONT de L’EURE, qu’il soit nommé Juge de Paix. Et bien qu’ayant quitté le Ministère le 2 novembre 1830, il veillera encore à ce que LEBRUN soit l’un des 24 membres du nouveau Conseil Général du Département mis en place par l’Ordonnance Royale du 27 janvier 1831 !

Maire de Honfleur par la volonté du Roi et de GUIZOT, Olivier LECARPENTIER, qui lors de sa prise officielle de fonction le 22 septembre 1830, indiquait sa préférence pour le caractère électif du mandat municipal, ne peut qu’accueillir de façon favorable la nouvelle loi municipale du 22 mars 1831 :
Même si le Maire et les Adjoints restent nommés par le pouvoir royal, du moins sont ils pris parmi les Conseillers Municipaux, eux-mêmes désormais élus pour 6 ans, et renouvelables par moitié tous les 3 ans.
En fonction du nombre de ses habitants, Honfleur est divisée en 3 sections, qui éliront au total 23 Conseillers Municipaux :
- - Section de l’Est : comprend les Bassins, la rue Chaussée coté Nord, la rue des Buttes coté Est, la Place et la rue Saint-Léonard, la Charrière Saint-Léonard, le chemin des Longchamps, Le Petit-Saint-Pierre, les Monts de Gonneville, les rues Bourdet, Bosquet, Coupée, Pestel, aux Châts, Vannier, la rue de la Ville.
- - Section du Centre : comprend la place de l’Obélisque, les rues Brulée, Boudin, de la Bavolle, de la Foulerie, du Dauphin, des Prés, de la Chaussée coté Sud, des Buttes coté Ouest, d’Orléans, Saint-Nicol, les Moulineaux .
- - Section de l’Ouest : comprend la Lieutenance, les quais Sainte-Catherine et de la Planchette, le chemin de grève, la place de la Grande Fontaine, les rue Haute, de l’Homme de Bois, des Capucins, de Grâce, de l’Hôpital, Neuve, Varin, Boullart, Boulanger, Barbel, des Lingots, du Neubourg, Bucaille, du Puits, des logettes, la place Sainte-Catherine.
-
Olivier LECARPENTIER choisit de se présenter dans la section de l’Est, tandis que ses 2 adjoints, Pierre LECERF et Augustin HAMELIN-POSTEL se présentent dans la section de l’Ouest. En novembre, tous trois sont facilement élus, alors qu’Armand LEBRUN échoue dans la section du Centre, où COUDRE LACOUDRAIS, jusqu’alors Maire de Pennedepie se fait aussi élire!
La Municipalité sortante, légitimée par l’élection, est confirmée par l’Ordonnance Royale du 9 mars 1832.
Une autre Ordonnance Royale vient encore renforcer le pouvoir d’Olivier LECARPENTIER : le 11 mai 1832, il est nommé Conseiller Général, en remplacement de son ami Armand LEBRUN, décédé le 1er février 1832, à moins de 39 ans !
Mais voici que la Loi du 22 juin 1833 établit également le principe de l’élection des Conseillers Généraux : Olivier LECARPENTIER décide de solliciter les suffrages des électeurs censitaires.
L’élection cantonale de Honfleur a lieu le 12 novembre 1833 : élection sans enjeu, puisque le seul candidat opposé à LECARPENTIER, c’est son cousin et associé COUDRE LACOUDRAIS, tout prêt à se désister si nécessaire. LECARPENTIER l’emporte au second tour par 47 voix contre 32 ! Moins de la moitié des électeurs ont participé à l’élection ! Il faut noter que le lendemain de cette élection, Raoul LACHEVRE est élu à l’un des 2 sièges de Conseiller d’Arrondissement.
Arrivent les élections municipales de novembre 1834 : Olivier LECARPENTIER fait partie de ceux qui sont soumis à réélection ! Il choisit, cette fois, de se présenter dans la section de l’Ouest, et n’est réélu, petitement, qu’au second tour !
Peu après, l’Ordonnance Royale du 18 février confirme son élection au poste de Président du Tribunal de Commerce …Le 4 mai 1835, il annonce en Conseil Municipal qu’il vient de prêter serment comme Président du Tribunal de Commerce et qu’en conséquence de l’incompatibilité, à ses yeux, des 2 fonctions, il a décidé d’abandonner le poste de Maire !
TARGET, Préfet du Calvados, qui est un fidèle de GUIZOT, demande alors à LECARPENTIER qui il verrait pour le remplacer. LECARPENTIER recommande son ami LACHEVRE. Raoul LACHEVRE sera nommé Maire de Honfleur le 15 juin 1835 !

Quelle mouche a ‘piqué’ Olivier LECARPENTIER ? Le Tribunal de Commerce a beau avoir quelque attrait, il y a surtout qu’il est mortifié de sa médiocre réélection, et que les querelles incessantes au sein du Conseil Municipal l’agacent ! Peut-être ressent-il aussi le besoin de consacrer plus de temps à ses affaires de commerce !
Homme paisible, Olivier LECARPENTIER goûte véritablement la sérénité retrouvée. Il peut enfin s’occuper de ses deux enfants : Barthélémy, né à Rouen le … 1818 et Mathilde, née à Honfleur le 27 janvier 1820. Il va pouvoir parfaire l’éducation de Mathilde et guider l’initiation au commerce de Barthélémy, jusqu’alors confié à la bienveillance des LACOUDRAIS.
Trop courts moments de repos et de bonheur: Olivier LECARPENTIER enregistre, avec douleur, le décès le 16 janvier 1836 de sa tante Marie Madeleine COUDRE LACOUDRAIS, et pas moins par celui de sa mère, à Cricqueville, le 13 décembre 1837…


Simple Conseiller Municipal, il se représente à l’élection cantonale du 10 décembre 1836 : cette fois, un autre Conseiller Municipal, Georges-Marie de PRACOMTAL lui est véritablement opposé. LECARPENTIER triomphe par 68 voix contre 17, preuve que son autorité n’est pas encore vraiment remise en cause.
Président du Tribunal de Commerce en 1835 et 1836, il laisse la place pour 1837 à BOIVIN, mais la mort de ce dernier lui permet de retrouver le poste le 1er février 1838. De nouveau remplacé le 9 janvier 1840, par le banquier BENARD, il réintègre la Présidence pour 2 ans le 14 mai 1841, sera réélu en 1843, et quittera ce poste le 4 juillet 1845, d’ailleurs au profit de Victor-François DUBOURG, neveu de COUDRE LACOUDRAIS et aussi associé de la société « LECARPENTIER LACOUDRAIS et Cie ».
Entre temps, le 3 juin 1840, notre bonhomme a eu la satisfaction d’être réélu Conseiller Municipal, par la section de l’Ouest, dès le 1er tour.

Comment alors expliquer l’échec de LECARPENTIER aux cantonales du 10 décembre 1845 ? Tout simplement parce que celui qui est Maire de Honfleur depuis mai 1835, Raoul LACHEVRE, par ailleurs réélu Conseiller d’arrondissement le 26 septembre 1839, décide, contre toute attente, de présenter aussi sa candidature! A la surprise générale, LACHEVRE l’emporte par 99 voix contre 65 à LECARPENTIER ! Les électeurs se sont déplacés en plus grand nombre, puisqu’il y avait vraiment enjeu ! Mais peut on parler de surprise ? LACHEVRE s’impose, parce qu’il est tout simplement le Maire de Honfleur ! En 33 élections cantonales de 1833 à nos jours, 28 fois le Maire de Honfleur est candidat et 23 fois il est vainqueur, le taux de réussite est de 82%. Evidemment, c’est un paramètre, incontestable, que LECARPENTIER ne connaissait pas en 1845 !

LECARPENTIER reste certes influent en raison de sa position sociale, mais il n’a plus de fonction officielle, hormis celle de simple Conseiller Municipal de Honfleur! A première vue, son avenir municipal est incertain …d’autant qu’il a maintenant de solides adversaires au sein du Conseil, par exemple l’avocat THURY ou le médecin BOURDEL, sans compter ‘l’ami’ LACHEVRE, bien décidé à le marginaliser!
En réalité, LECARPENTIER ne pas tarder à ‘rebondir’ : A Paris, GUIZOT, devenu fin 1840 le principal Ministre de LOUIS-PHILIPPE, perçoit la défaite de LECARPENTIER comme un affront fait à sa propre personne, tout le monde sait son amitié pour LECARPENTIER, tout le monde sait ce qu’il doit à LECARPENTIER…Il ne sera pas dit qu’il le laisse tomber, alors que par exemple il a fait maintenir Louis NASSE à la Sous-préfecture de Lisieux !.. Par ordre de DUCHATEL, Ministre de l’Intérieur, BOCHER, Préfet du Calvados, , incite LACHEVRE à présenter sa démission de Maire de Honfleur, lui reprochant en quelque sorte de s’être présenté au Conseil Général, alors qu’il était convenu, de façon implicite, qu’il ne se présenterait pas contre LECARPENTIER, puisqu’il lui devait d’être devenu Maire !
LACHEVRE, craignant d’être révoqué, obtempère ! LECARPENTIER est donc officiellement nommé Maire de Honfleur le 29 mars 1846. Mais LACHEVRE va refuser de recevoir son serment. Le Préfet doit prendre un Arrêté chargeant le second adjoint sortant Louis CORSET de la cérémonie.
A cette occasion, le 11 avril 1846, Olivier LECARPENTIER sent l’obligation de s’expliquer : »Je n’avais pas renoncé aux fonctions de Maire en 1835 à dessein de les reprendre onze ans après. Si je les accepte aujourd’hui, ce n’est pas qu’elles soient devenues plus séduisantes pour moi. Je m’y résigne comme à un devoir pénible qu’il me faut remplir, et auquel je ne peux me soustraire sans manquer à ce que la haute administration a le droit d’attendre de moi et sans amoindrir l’appui que j’ai toujours donné au système politique qui dans ma profonde conviction peut seul faire le bonheur de mon pays ». Il prend soin d’indiquer aussi qu’il n’aurait pas accepté sa nomination s’il n’avait été certain de la sympathie de l’ensemble du Conseil Municipal et du concours de ses deux adjoints MANNEVILLE et LECERF !
Le 5 mai 1846, voulant sans doute mettre du baume au cœur de LACHEVRE, il fait voter la délibération suivante : » Le Conseil Municipal, prenant en considération les soins assidus et intelligents que Mr. LACHEVRE a donné aux intérêts de la Ville pendant les onze ans qu’ont duré ses fonctions de Maire, lui vote des remerciements ». Des remerciements certainement, mais seulement protocolaires !

Remis au premier rang par la volonté de GUIZOT, Olivier LECARPENTIER aborde le renouvellement de son mandat de Conseiller Municipal sans crainte. Les élections ont lieu du 11 au 21 août 1846, en commençant par le vote de la section du Centre. C’est là que LECARPENTIER, changeant une nouvelle fois de circonscription, mais n’habite-t-il pas Cours d’Orléans, décide de se présenter; il y est facilement réélu, en même temps que Pierre LECERF, tandis que MANNEVILLE est réélu dans la section de l’Ouest.
Veillant à ramener la concorde au sein du Conseil, il profite de la mort de son ami LECERF le 24 décembre 1846 pour proposer et donner son poste d’adjoint à Louis CORSET, qui a été l’adjoint de LACHEVRE !

La vie municipale a repris son cours, quasi vide de tout fait d’importance ! On sait que le Maire dispose de l’appui indéfectible de GUIZOT et que seules sa non réélection ou sa démission pourraient lui faire quitter la Mairie !

Ce qui va encore une nouvelle fois modifier le paysage politique Honfleurais, ce sont les événements parisiens de février 1848. Alors que croissait l’opposition dans le pays et à la Chambre des Députés, GUIZOT n’a su que se raidir dans son refus obstiné de toute réforme. Son renvoi par le roi, le 23 février, intervient au plus mauvais moment et convaint les émeutiers de la faiblesse du Pouvoir...Tout s’écroule comme un château de cartes et la République est proclamée !
Dans leur fuite éperdue, LOUIS-PHILIPPE et sa famille se réfugieront à Honfleur, plus exactement, Côte de Grâce, dans un Pavillon appartenant à M. de PERTHUIS, dans l’attente d’un embarquement à Trouville.

Comme en 1830, le changement de Régime se fait sans heurts. Le 29 février 1848, Olivier LECARPENTIER fait voter en Conseil Municipal la motion qui suit : « Dans les circonstances graves dans lesquelles la France se trouve placée, les bons citoyens de toutes les opinions doivent jeter un voile sur le passé et ne songer qu’aux grands intérêts de la Patrie. Serrer les rangs autour du nouveau gouvernement et lui donner l’appui et la force dont il a besoin pour obtenir l’Ordre et la Concorde au-dedans, une paix honorable avec l’Europe, tel est le premier devoir de tous les bons Français, tel est le sentiment dont le Corps Municipal est pénétré ! »
GUIZOT peut bien s’enfuir en Angleterre le 1er mars 1848, Olivier LECARPENTIER, comme tous les Notables Honfleurais, se rallie sans peine à la République : Le nouveau pouvoir a nommé une Commission Municipale Provisoire, le 5 mars 1848, son Président, Mathias ULLERN, négociant en bois et courtier maritime, a de quoi rassurer ! Républicain ? Oui, mais pas ‘Partageux’ ! Si certains ont pu craindre pour leurs biens ou pour leur personne, tel LACHEVRE, tous sont définitivement rassurés après la répression du mois de juin !

Les élections municipales du 1er août 1848 montrent bien que la République n’a rien bouleversé du cours des choses : si le passage du suffrage censitaire au suffrage universel quintuple le nombre des électeurs, les noms des élus ne sont guères différents : sur les 14 sortants qui sont candidats, 9 sont réélus : si FAROULT, adjoint de ULLERN arrive en tête avec 1295 voix, si ULLERN et DELARUE, autre adjoint, sont élus avec 887 et 798, on chercherait en vain d’autres républicains purs et durs parmi les élus ! Les 7 autres membres de la Commission Municipale Provisoire ont été battus. Mais LECARPENTIER (740 voix), tout comme LACHEVRE (851 voix), ont été élus au 1er tour !
Le Préfet AVRIL peut bien confirmer la Municipalité ULLERN le 19 août 1848, l’opinion honfleuraise n’est pas prête à franchir le pas ! Les élections cantonales des 27 et 28 août 1848 le confirment : LACHEVRE bat de 115 voix ULLERN : 1127 contre 1012 ! LECARPENTIER a refusé, malgré nombres de sollicitations, de se mettre sur les rangs : modestie ou peur d’affronter son adversaire de 1845 ?

On connaît la suite : se sentant désavoué, lors de l’élection présidentielle de décembre 1848, par l’électorat honfleurais, qui donne une très forte majorité à Louis-Napoléon BONAPARTE, ULLERN remet sa démission le 29 décembre 1848.
LACHEVRE ayant été nommé Sous-préfet de Lisieux le… 1849, Olivier LECARPENTIER décide de repartir à la bataille. Il retrouve sans difficulté un siège de conseiller général le 10 mars 1849, en battant facilement ULLERN, 1166 voix contre 450 !
Et aussitôt, le 22 mars 1849, le voici nommé une nouvelle fois Maire de Honfleur ! Le 31 mars, le Sous-préfet de Pont-l’Evêque, MELIOT, procède à son installation officielle. Olivier LECARPENTIER dit alors, en quelques, sa vision de la politique : »Je reprends les fonctions de Maire avec la conviction que l’administration municipale est une administration de famille. Il ne suffit pas à celui qui s’en charge de conduire avec zèle ce qu’il a de capacités au bien-être de ses concitoyens, il faut encore qu’il soit soutenu, encouragé par leur affection ou du moins leur estime et leur approbation «. Et d’insister ensuite sur l’importance pour lui d’avoir à ses cotés deux adjoints de qualité : Alfred LUARD et Léon-Charles LEMONNIER-DUBUC ! Et de terminer en rendant un hommage appuyé à Mathias ULLERN, Maire de Honfleur, désintéressé, impartial et efficace en des mois de grands bouleversements !

Maire de Honfleur pour la troisième fois, Olivier LECARPENTIER ne se conduit pas différemment des deux premières : autant il a pu se montrer audacieux dans ses affaires personnelles, autant dans les affaire municipales il se montre d’abord prudent dans la dépense, évitant tout sujet qui pourrait faire polémique: on chercherait en vain de grandes réalisations dont il soit à l’origine ! Même la construction de La Mairie, dont il a posé la première pierre le 6 mai 1832, a été décidée le 10 octobre 1929. A peine notera-t-on la création d’une salle d’asile, cours d’Orléans, en 1835 ! Le vote de l’éclairage des rues par le gaz en mars 1846 ne sera pas suivi d’effet !... Olivier se préoccupe surtout des intérêts du port et du commerce : trouver de l’argent auprès du Département pour lutter contre l’envasement…et faire des démarches à Paris pour obtenir la création d’une Chambre de Commerce !
C’est là sa grande œuvre, prête d’aboutir fin 1847, mais retardée par la Révolution de 1848, mais enfin créée par les Décrets des 16 juin 1848 et 18 août 1849. Le dernier grand succès de LECARPENTIER, c’est l’accession à la Présidence de la Chambre de Commerce de Victor-François DUBOURG, neveu du complice de toujours Nicolas-Armand COUDRE LACOUDRAIS…
Finalement, après avoir assisté à la session du Conseil Général à Caen du 25 août au 12 septembre 1851, session où il est longuement intervenu pour, au titre de la commission des travaux publics dont il est membre, pour préserver les crédits destinés au port de Honfleur, Olivier LECARPENTIER meurt brutalement le 13 septembre ! Il sera enterré le 18 septembre au milieu des louanges unanimes, de droite comme de gauche ! Mais peut-il en être autrement quand celui qui disparaît a tant compté dans la vie d’une ville et pendant tant de temps !

Aussi l’étonnement peut être que rien de nos jours ne rappelle le souvenir d’Olivier LECARPENTIER !

Sur le moment, son successeur à la Mairie, Alfred LUARD, ne manque pas une occasion de se recommander de son exemple, et va jusqu’à offrir un siège de conseiller municipal à son fils Barthélemy, d’ailleurs en vain !
On parle encore d’Olivier LECARPENTIER, quand décède, le 20 février 1853, sa veuve, née LE COUTEULX de VERCLIVES, et quand décède, le19 octobre 1857, Barthélemy LECARPENTIER, qui était membre de la Chambre de Commerce depuis le 21 juin 1856 !
Les dernières mentions dans la presse du nom LECARPENTIER, sont à propos du décès de sa fille Mathilde le 20 octobre 1900, mais la presse met alors l’accent sur le fait qu’ayant épousé Emile SOREL le 20 septembre 1841, elle était la mère d’Albert SOREL, Académicien Français célèbre pour son histoire diplomatique de la Révolution Française.

Dansl’imaginaire Honfleurais, les Arts et Lettres prennent donc la place du Commerce ! Consciemment ou inconsciemment, la mémoire Honfleuraise finit par exalter les noms de SOREL, de ALLAIS ou de BOUDIN, alors qu’elle préfère oublier ceux de LECARPENTIER, des LACOUDRAIS ou des LION …



Sources : -Etat-civil de Honfleur.
-Délibérations municipales de Honfleur.
-Journaux locaux.
-Procès-verbaux d’élection, Archives Départementales série M.
-Etat-civil de Cricqueville en Auge.




Didier Jourdan

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire